
Les difficultés pour construire un mouvement anti-impérialiste et anti-guerre en France tiennent en premier lieu aux positions qui dominent dans les organisations pro-palestiniennes.
La position dominante veut que la condamnation des bombardements sur l’Iran soit conditionnée à celle du « régime » iranien, dont la traduction concrète est le refus dans nos manifestations de la participation de cortèges avec des drapeaux iraniens.
En effet, si la plupart des militant.e.s de gauche français.e.s soutiennent « le peuple iranien », ils dénoncent avec la plus grande énergie « l’affreux régime des mollahs » qui opprimerait terriblement ce vaillant peuple qu’il conviendrait de protéger et défendre.
Les prémisses d’une révolution
Avant 1979, la majorité de la population vit à la campagne où les méthodes agricoles sont peu développées.
Une bourgeoisie nationale se développe alors, mais l’économie est dépendante du secteur du pétrole sous le contrôle des firmes anglaises, puis US, grâce auxquelles une élite iranienne occidentalisée (c’est-à-dire méprisant le peuple et admirative des États-Unis) vit très confortablement dans les grandes villes, tandis qu’autour, des bidonvilles énormes se mettent en place, notamment à Téhéran.
En 1951 arrive au pouvoir une coalition – le Front national iranien –, dirigée par Mohammad Mossadegh, qui introduit un ensemble de réformes sociales et politiques. Surtout, à peine nommé Premier ministre par le chah, Mossadegh fait adopter par le Parlement une loi de mise en œuvre pour la nationalisation de l’industrie pétrolière et la Société nationale iranienne de pétrole (SNIP) est fondée.
Les relations avec la Grande-Bretagne se détériorent gravement.
En octobre 1952 le gouvernement iranien rompt ses relations diplomatiques avec la Grande-Bretagne, dont les services secrets (MI6) décident avec ceux des États-Unis (CIA) de renverser Mossadegh.
L’Opération Ajax aura lieu avec la complicité du Chah et celle du général Zahedi, qui remplacera Mossadegh, mis en résidence surveillée jusqu’à sa mort en 1967. Le pouvoir du Chah est ainsi renforcé et les réformes sociales enterrées.
Cette humiliation marquera durablement la mémoire collective iranienne.
Après la chute de Mossadegh, un homme incarnera progressivement les espoirs d’une partie croissante du peuple iranien : l’imam Rouhollah al-Mousavi al-Khomeiny.
Principale figure de l’opposition au Shah, Khomeiny est arrêté en juin 1963 pour être relâché huit mois plus tard suite à de grandes manifestations.
En novembre 1964, il est expulsé en Turquie, et son exil de près de 14 ans le conduira de Turquie à l’Irak pour finir en France à Neauphle-le-Château.
Voici quelques extraits d’un de ses prêches en mai 1970 :
« Pendant de nombreuses années, j’ai toujours rappelé aux musulmans, dans mes sermons et mes écrits sur israël et ses crimes, qu’il s’agit d’une tumeur cancéreuse dans une partie des pays islamiques, et qu’il ne suffit pas de se contenter de “Qods” et de ces choses, leur fondement est d’avancer ; c’est-à-dire qu’ils sont subordonnés à la politique américaine… Les musulmans doivent se réveiller… Nous avons l’obligation, devant Dieu Tout-Puissant, de lutter contre l’oppression, de lutter contre ces cannibales et ces êtres sanguinaires… Certains “bienveillants” et des personnes ignorant la situation m’ont dit que c’était impossible, que ce n’était plus possible, qu’il fallait faire une concession. Je leur répondais que nous accomplissions notre devoir et que la faisabilité n’était pas notre priorité. »
Une autre figure célèbre de l’opposition au Shah dont la pensée aura un impact dans les milieux estudiantins en développant une théologie de la libération chiite est l’intellectuel Ali Shariati. Ce dernier se faisait l’avocat d’un islam dynamique, engagé dans les affaires du monde et capable de mener les opprimés vers la libération. Ses idées sur le rôle de l’islam dans la société, le concept de « chiisme rouge », qui insistait grandement sur le côté révolutionnaire de la foi, et son appel pour un éveil intellectuel et spirituel résonnèrent puissamment chez bien des gens en Iran.
Shariati argumentait que l’islam, particulièrement le chiisme, était, de manière inhérente, une religion de protestation contre l’injustice, dressant des parallèles entre le martyre de l’Imam Hussein à la bataille de Karbala et la lutte contre la tyrannie dans la société contemporaine. En cela, on peut considérer que Shariati était le précurseur du fameux « islamo-gauchisme » tant conspué dans notre beau pays.
Exilé en Angleterre, il ne verra pas la révolution islamique advenir, puisqu’il décède en juin 1977 à l’âge de 43 ans seulement.
La révolution islamique de 1979
Dès l’été 1977, d’énormes manifestations, puis des soulèvements dans les bidonvilles vont provoquer une situation insurrectionnelle dans tout le pays.
Dans de nombreux endroits, les ouvriers chassent les patrons et prennent le contrôle de leur entreprise.
Le 8 septembre 1978, le Shah décrète la loi martiale et lance ses troupes sur une nouvelle manifestation : les soldats tirent à vue, de l’aube à la nuit. C’est le « Vendredi noir » qui a fait plus de 4 000 morts et qui a marqué un point de non-retour dans la révolution.
Le Shah est contraint de fuir le pays le 16 janvier 1979 et, deux semaines plus tard, le 1er février, plus de quatre millions d’Iraniens sont présents pour le retour tant attendu de Rouhollah Khomeyni à Téhéran.
Le 31 mars 1979, un référendum approuve à 98 % des votants l’institution de la République islamique, dont Khomeiny est le premier Guide suprême, à la fois le chef de l’État (qui peut éventuellement destituer le président de la République) et la plus haute autorité religieuse du pays.
Le Corps des gardiens de la révolution islamique – les fameux Pasdarans –, organisation paramilitaire dépendant directement du Guide, chargée de protéger l’idéologie khomeiniste et le système de la République islamique, est créé le 5 mai 1979.
Le gouvernement mis en place par Khomeiny nationalise toutes les entreprises qui étaient détenues par le Shah et ses réseaux et réintègre ainsi dans le domaine public des pans de l’économie qui apparaissaient comme des sphères d’enrichissement d’une minorité. Ces mesures anticapitalistes sont fondatrices de « l’islam révolutionnaire » prétendant synthétiser islam et marxisme.
Les rapports avec les États-Unis (le « Grand Satan ») se tendent immédiatement et les relations diplomatiques avec israël sont rompues. En revanche, les relations diplomatiques avec israël sont rompues, alors que l’ambassade d’israël (avec un petit i, car l’entité usurpatrice n’est pas un vrai État) devient l’ambassade de Palestine, l’Organisation de libération de la Palestine est reconnue, et Yasser Arafat reçoit à Téhéran un accueil enthousiaste. Ce dernier déclare d’ailleurs, le 20 février 1979 :
« Khomeiny est notre Imam, notre chef, le dirigeant de tous les moudjahidines, nous serons deux peuples en un seul, deux révolutions en une seule et chaque feda’i, chaque moudjahid, chaque révolutionnaire iranien sera l’ambassadeur de la Palestine en Iran. Nous avons libéré l’Iran, nous libérerons la Palestine. Nous continuerons nos efforts jusqu’au moment où nous aurons vaincu l’impérialisme et le sionisme ; le combat mené contre le Shah par les Iraniens est identique à celui des Palestiniens contre israël. »
Le 4 novembre 1979, les « Étudiants musulmans, qui suivent la ligne de l’Imam », franchissent l’enceinte de l’ambassade américaine à Téhéran et prennent en otages une cinquantaine de diplomates.
Cet acte de violence aurait pu être neutralisé très vite si Khomeiny n’avait pas appuyé les étudiants, suscitant un immense mouvement antiaméricain dans tout le monde musulman. D’autant plus que l’Imam imposa une condition à la poursuite de l’occupation de l’ambassade américaine : la libération immédiate des femmes et des Afro-Américains.
L’ambassade des États-Unis devient alors l’un des centres symboliques de la révolution, les télévisions du monde entier y filment les manifestations nombreuses qui s’y succèdent après le 4 novembre, et ce, jusqu’au 20 janvier 1981, date de la libération des diplomates après 444 jours de captivité. La révolution arrive à son terme, avec la dénonciation de l’ingérence impérialiste et la proclamation de la souveraineté nationale.
L’importance de l’axe de la résistance dans la confrontation avec Israël
L’Axe de la résistance se définit comme une alliance anti-impérialiste visant à résister aux États-Unis et à Israël au Moyen-Orient. Il s’est également opposé aux États arabes du Golfe, alliés des États-Unis et, surtout, à l’organisation État islamique.
Dès la révolution islamique de 1979, l’Iran a commencé à soutenir des mouvements révolutionnaires chiites au Moyen-Orient, tout particulièrement le Hezbollah libanais après l’invasion israélienne du Liban.
L’Axe de la résistance n’est officialisé et mondialement connu qu’après l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 et les menaces américaines de guerre contre l’Iran, présenté comme un maillon de « l’Axe du Mal ».
Il est constitué d’une alliance militaire informelle entre la République islamique d’Iran, la Syrie sous Bachar el-Assad, et divers mouvements armés en Palestine (Hamas, Jihad islamique palestinien, FPLP, FPLP-CG), au Liban (Hezbollah, PSNS), au Yémen (Ansarallah), en Irak (Hachd al-Chaabi), en Afghanistan (Division des Fatimides).
La majorité de ces organisations sont chiites, mais certaines d’entre elles sont sunnites (Hamas, Jihad islamique palestinien) ou non confessionnelles (FPLP, FPLP-CG et PSNS).
La puissance de l’Axe de la résistance réside dans le fait qu’il s’agit d’une alliance informelle, que les groupes paramilitaires non gouvernementaux sont autonomes, très entraînés et déterminés (jusqu’à ne pas craindre la mort) et parfois plus puissants que les armées nationales de leurs pays respectifs (Hezbollah, Ansarallah).
Enfin, bien que soutenus par l’Iran, ces groupes armés sont largement autosuffisants.
Si le soutien américain à israël n’était pas aussi inconditionnel, l’État sioniste ne serait déjà plus là.
La chute de Bachar el-Assad en décembre 2024 peut paraître un coup très dur pour l’Axe de la résistance. Pourtant, certaines composantes de cet axe considéraient l’ancien dirigeant syrien comme un fardeau et un poids mort et des groupes syriens clandestins ont maintenant rejoint l’Axe.
La détermination héroïque de l’Axe de la résistance face à israël a déjà provoqué un changement majeur : arrogant, plein d’hubris, raciste et méprisant, israël a tombé le masque et a maintenant (presque) toutes les opinions publiques contre lui. Malheureusement, c’est loin d’être le cas pour les dirigeants, car la plupart ne respectent que la force et les autres, terrorisés par la folie meurtrière des sionistes, préfèrent s’aplatir devant israël.
L’incapacité de la gauche occidentale, tout particulièrement française, à reconnaître le bien-fondé d’une révolution se basant sur l’importance identitaire de l’islam
L’islamisme rompt, certes, avec les visées socialistes des mouvements nationalistes arabes ou de gauche, et avec leur laïcisme affiché. Mais des permanences demeurent également : l’anti-impérialisme, l’opposition à israël et aux États-Unis comptent parmi les marqueurs d’un islam politique qui se situe aussi, à partir du début des années 1980 et de la révolution iranienne, en continuité avec le passé.
Cette continuité est d’abord biographique : nombre de dirigeants de mouvements islamistes ont été formés dans une matrice nationaliste arabe ou de gauche.
Ces conversions à l’islam politique se lisent plus en termes de continuité que de rupture, comme le montre le cas emblématique de l’intellectuel palestinien Mounir Chafiq. Né dans une famille chrétienne à Jérusalem en 1936, il fut membre du Parti communiste jordanien, puis cadre dirigeant du Fatah de Yasser Arafat (1929-2004) et du Centre de planification de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Beyrouth, et ensuite à Tunis.
La révolution iranienne de 1979 est un point de bascule qui l’emmène vers l’islam politique après sa conversion à l’islam à la fin des années 70.
Actuellement, Mounir Chafiq est également coordinateur du Congrès nationaliste islamique, qui réunit et coordonne la majorité des organisations nationalistes arabes et islamiques du monde arabe.
Il explique la continuité de son parcours, du communisme philo-soviétique à l’islam politique, par la variable anti-impérialiste : une fois la crise des projets nationalistes arabes et de gauche actée, l’islam politique vient, dans les années 1980, prendre le relais dans l’opposition à israël et aux États-Unis.
C’est alors que la transition s’opère : l’anti-impérialisme représente le fil secret qui relie des idéologies en apparence opposées. Et, dans leur passage d’une idéologie protestataire à une autre, les anciens militants de gauche et nationalistes arabes apportent une valeur ajoutée : ils offrent à l’islam politique des savoir-faire militants et organisationnels, mais aussi militaires.
Pourquoi la gauche occidentale, et tout particulièrement la gauche française, a-t-elle tant de difficulté à comprendre cela ?
La première raison est sans aucun doute à chercher dans l’athéisme militant des forces de gauche françaises.
En effet, les combats menés par les illustres personnages de la République française contre l’Église catholique ont certainement laissé des traces. L’idée que les religions sont des sectes ayant réussi à endoctriner les esprits est très répandue, c’est le fameux « religion, opium du peuple » de Marx (d’ailleurs très mal compris, car la citation complète est beaucoup plus précise et moins caricaturale).
D’autre part, la laïcité, si chère au cœur de nombre de Français.es, est souvent mal interprétée, voire confondue avec l’athéisme.
N’oublions pas que la laïcité est une sorte de pacte humaniste : la religion dominante (le catholicisme) ne doit plus fixer la norme et quitter la sphère publique, mais chaque croyance religieuse doit être respectée – son culte aussi –, ce qui signifie que les cultes minoritaires (à l’époque, le protestantisme et le judaïsme) doivent être protégés.
Le fait que la visibilité de l’islam (qui n’existait que dans les colonies, car pas en métropole au début du XXe siècle) soit indéniablement plus grande maintenant en France n’est pas un fait favorablement perçu.
La deuxième raison est sans aucun doute l’importance des questions sociétales dans la gauche française avec une vision universelle de celles-ci, ce qui peut être interprété comme une forme d’impérialisme culturel.
En caricaturant un peu, le constat est le suivant : un pays où la peine de mort existe, où l’avortement n’est pas légalisé, où l’homosexualité n’est pas traitée sur un pied d’égalité avec l’hétérosexualité, et où les rôles de l’homme et de la femme dans les sphères publique et privée ne sont pas interchangeables, est aussitôt condamné comme un État archaïque, problématique et totalement indéfendable.
C’est précisément ce qui pousse certains à scander « Ni Shah ni mollahs », alors même que l’Iran est victime d’une violente offensive impérialiste en pleines négociations diplomatiques.
Sans trop détailler cette question qui nécessiterait un développement conséquent, il est à mon sens bien imprudent d’imposer à toutes les sociétés des combats qui concernent la société française (et surtout de juger celles-ci exclusivement sur la réussite de ces combats), quel que soit le contexte géopolitique de celles-ci.
Les stéréotypes liés à l’islam, notamment en Europe, qui a une histoire chargée avec cette religion avec l’instrumentalisation de la question de la femme et de sa liberté, sont aussi une grille d’interprétation pour expliquer la haine de beaucoup envers le soi-disant « monstrueux régime des mollahs ». La question du voile des femmes musulmanes et les fantasmes véhiculés par sa signification (sans comprendre sa polysémie) mériteraient un long développement.
Cette soi-disant question de la femme musulmane a poussé une amie de ma mère, ex-révolutionnaire d’extrême gauche dans les années 70-80, à me dire fin 2023 : « Avec tous ces islamistes dans les pays musulmans, si j’étais une femme musulmane dans ces pays, je crois que je me suiciderais. » Sans commentaire.
Enfin, une troisième raison est la sacralité de la liberté individuelle et le rejet de tout sentiment nationaliste dans notre pays.
La notion de groupe est souvent violemment rejetée et considérée comme oppressive, tout particulièrement dans la cellule familiale, mais pas seulement.
C’est ce qui explique que tout rassemblement nationaliste en Iran, surtout si l’on observe un certain nombre de femmes voilées, éveille des sentiments fort mitigés dans nos contrées européennes.
Dernier exemple, ô ! combien symbolique, en date :
- Les « libres penseurs », souvent des Occidentaux et de gauche, voire d’extrême gauche, martèlent que le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, était détesté par son peuple, seuls quelques fanatiques endoctrinés continuant à le soutenir.
- Et pourtant : quarante millions de personnes ont participé à ces grandioses funérailles sur cinq jours et passant par les villes de Téhéran, Qom (en Iran), Karbala, Nadjaf (en Irak) et Machhad (en Iran).
Ce sont les plus grandes funérailles de l’histoire, mais les gauchistes bien de chez nous sont bien incapables de comprendre l’importance de l’événement.
Les organisations pro-palestiniennes françaises : droits-de-l’hommistes avant d’être antisionistes
Pour les raisons citées dans le précédent paragraphe, la plupart des militants pro-palestiniens de la gauche française ne peuvent soutenir l’Iran et l’Axe de la résistance ou, alors, avec beaucoup de réticences.
Pour ceux-ci, une autre raison s’ajoute aux précédentes : la sanctification du respect des droits humains et de l’ONU, garant de l’ordre international.
Leur raisonnement est le suivant : le monde est certes imparfait, mais la mise en place d’un Nouvel ordre international à travers l’ONU après l’horreur des deux guerres mondiales est la seule alternative au risque de retomber dans la loi de la jungle et le droit du plus fort.
Les décisions actées par l’ONU ne peuvent être remises en cause et, pour ne pas ressasser les injustices passées et se laisser gagner par la rancœur et le sentiment de vengeance, il faut regarder devant soi et construire l’avenir avec optimisme et humanisme en admettant certains faits accomplis, dont la création d’israël.
Pour construire cet avenir et empêcher le retour de la guerre, les humains doivent dialoguer en se persuadant que la violence c’est mal et que rien ne justifie son utilisation.
Ce raisonnement se comprend aisément et peut paraître très convaincant, mais la condition primordiale pour cela est que l’ONU fonctionne correctement, ce qui signifierait que ses résolutions soient appliquées avec objectivité.
Or, avec quatre-vingts ans de recul, le constat est terrible, surtout concernant israël :
Enfant terrible de la politique internationale, la colonie sioniste est l’État le plus condamné à l’ONU en raison de l’excessive violence dont il fait preuve à l’égard de son environnement depuis sa création en 1948. Tout cela sans aucune conséquence et dans la plus parfaite impunité, en raison de la protection inconditionnelle que lui accordent, depuis plus d’un demi-siècle, les États-Unis, première puissance militaire mondiale, ainsi que de la complicité des anciennes puissances coloniales européennes.
Cette impunité ahurissante a créé un monstre capable de commettre un génocide contre les Palestiniens à Gaza en traitant d’antisémites tous ceux qui s’opposent à sa politique meurtrière.
Alors, comment faire entendre raison à israël ?
Par la diplomatie, le dialogue et les « processus de paix », près d’un siècle d’expérience montre que c’est impossible.
Il ne reste plus que la coercition !
Ce constat est heureusement fait (ce fut long), par la plupart des associations pro-palestiniennes en France, mais ce qui divise est le type de coercition à cautionner.
Tout le monde est d’accord pour soutenir, promouvoir et développer le mouvement « Boycott » (des citoyens), « Désinvestissement » (des entreprises), « Sanctions » (des États), lancé depuis 2005 par 172 associations et organisations palestiniennes.
Mais soutenir la résistance armée de ceux qui subissent la terreur israélienne depuis plus de trois quarts de siècle est bien plus difficile de la part d’humanistes occidentaux, souvent paternalistes, convaincus que la violence c’est mal.
Alors, lorsqu’un État tel que l’Iran issu de la révolution islamique de 1979 soutient des organisations pratiquant la lutte armée contre Israël, loin de susciter l’adhésion et l’enthousiasme, il exerce un effet repoussoir sur nos belles âmes humanistes occidentales.
C’est évidemment bien dommage et, surtout, révélateur de l’empreinte néocoloniale laissée par les derniers siècles de l’histoire de notre pays.
Laurent DE WANGEN
Auteur de La question palestinienne en 100 dates (1917-2024)
Juillet 2026