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« Tous contre l’Iran et le chiisme ? L’alliance de La Mecque sous le regard discret des USA et d’Israël. »
« Le front sunnite se dresse : Turquie, Pakistan et Arabie saoudite, soutenus en sourdine par Washington et Tel-Aviv, face à l’Iran et à l’axe de la Résistance.
L’accord de La Mecque n’est peut-être pas seulement défensif… »

Introduction

Le 7 août 2026, à La Mecque, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, le président turc Recep Tayyip Erdoğan et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif ont signé l’« Accord de défense conjoint de La Mecque ». Le texte stipule qu’une attaque armée contre l’un des trois États sera considérée comme une attaque contre tous. Il prévoit une coopération renforcée en matière de défense, un comité politique et militaire et un secrétariat basé en Arabie saoudite. Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a insisté : l’accord est « techniquement similaire à l’article 5 de l’OTAN », purement défensif, sans menace commune écrite, et « l’Iran n’est pas dans le viseur ». Plusieurs pays, dont l’Égypte (« partenaire naturel » selon Fidan), ont manifesté de l’intérêt.

Ce timing n’est pas anodin. Il intervient dans un Moyen-Orient secoué par la guerre déclenchée le 28 février 2026 par les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, suivies de ripostes iraniennes et houthies visant notamment les États du Golfe. Les trois signataires sont des puissances sunnites, historiquement liées (à des degrés divers) aux États-Unis, et n’ont pas engagé de force militaire pour « sauver Gaza » après le 7 octobre 2023.

L’Arabie saoudite : alliée traditionnelle des États-Unis, héritière d’un pacte wahhabite

L’Arabie saoudite moderne naît en 1932 de la conquête d’Abdulaziz Ibn Saoud. Elle s’appuie sur l’alliance historique (1744) entre la dynastie Al Saoud et le prédicateur Muhammad ibn Abd al-Wahhab, fondateur du wahhabisme, doctrine rigoriste sunnite qui s’oppose par essence à l’Ahl al-Bayt et au chiisme. Le soutien britannique a joué un rôle dans la consolidation du pouvoir saoudien face aux Ottomans. Après la Seconde Guerre mondiale et la découverte du pétrole, Riyad devient un pilier de l’architecture de sécurité américaine au Golfe.

La Turquie : membre de l’OTAN, ambitions européennes, relations complexes avec Washington et Israël

La Turquie est membre de l’OTAN depuis 1952 (deuxième armée de l’Alliance). Elle a longtemps poursuivi l’adhésion à l’Union européenne (négociations ouvertes en 2005, aujourd’hui gelées). Majoritairement sunnite, Ankara a entretenu des relations stratégiques avec les États-Unis et, par périodes, avec Israël, même si les tensions se sont multipliées sous Erdoğan. Elle dispose d’une industrie de défense dynamique et cherche à diversifier ses partenariats tout en restant ancrée dans l’OTAN.

Le Pakistan : né de la partition, allié américain historique, puissance nucléaire

Le Pakistan voit le jour le 14 août 1947 de la partition de l’Inde britannique, pilotée par la Ligue musulmane et Muhammad Ali Jinnah, pour créer un État pour les musulmans du sous-continent. Sunnite majoritaire, il devient rapidement un allié des États-Unis pendant la Guerre froide. Il ne reconnaît pas Israël.

Son programme nucléaire, lancé dans les années 1970 après la défaite de 1971 face à l’Inde et le test indien de 1974, aboutit aux essais de mai 1998. Objectif déclaré : dissuasion face à l’Inde. Le Pakistan reste le seul pays musulman détenteur de l’arme nucléaire.

Gaza, l’Iran et le soupçon d’alliance anti-chiite

Ces trois États ont condamné les opérations israéliennes à Gaza, envoyé de l’aide humanitaire et participé à des sommets arabo-islamiques. Aucun n’a envoyé de troupes. Après les frappes américano-israéliennes de février 2026 (le régime iranien restant en place), les ripostes iraniennes et houthies ont touché le Golfe. L’accord arrive précisément dans ce contexte.

Le rôle en sourdine des USA, d’Israël et de l’UE

Les négociations trilatérales durent depuis près d’un an (voire plus de deux ans selon Fidan) et s’appuient sur le pacte bilatéral Arabie saoudite-Pakistan de septembre 2025. Des réunions de ministres (Turquie, Arabie saoudite, Pakistan, Égypte) ont eu lieu en mars-avril 2026.

Mais l’accélération finale est frappante. Après les frappes conjointes du 28 février 2026, des phases de cessez-le-feu fragiles ont suivi. Puis, début juillet 2026, les États-Unis ont relancé des vagues de frappes en solo (notamment du 7 au 13 juillet) contre des cibles iraniennes. Moins d’un mois plus tard, le 7 août, l’accord de La Mecque est signé. Les sources proches de Riyad ont reconnu que « les derniers développements régionaux ont accéléré le processus ». Les délais sont trop courts pour être purement fortuits.

Washington n’a produit aucune déclaration officielle forte dans les 48 heures suivant la signature. Les analyses parlent d’un « signe de l’affaiblissement de l’influence américaine ». Israël a exprimé des préoccupations (complication de la normalisation avec Riyad, poids de la Turquie et du Pakistan), mais sans condamnation frontale. L’UE reste en retrait.

Ce mutisme est éloquent. Un pacte de défense collective de ce type, signé en pleine guerre contre l’Iran, aurait normalement suscité des réactions publiques si Washington ou Jérusalem l’avaient jugé hostile. Leur silence, combiné à l’accélération post-frappes de juillet, soutient l’hypothèse d’une tolérance active, voire d’un encouragement discret : mieux vaut un front sunnite régional capable de dissuader Téhéran et ses proxies que de devoir tout porter seuls.

L’intérêt de l’Égypte pour rejoindre le pacte renforce l’idée d’un large front sunnite. Si l’Iran dispose ou se rapproche d’une capacité nucléaire, le Pakistan peut servir de facteur de dissuasion par proxy, tandis que les États-Unis encouragent discrètement cette architecture pour limiter leur engagement direct.

L’accord de La Mecque n’est donc pas seulement une initiative régionale autonome. Il s’inscrit dans un moment où les États-Unis, tout en frappant seuls l’Iran, semblent accepter (ou ne pas contrarier) la constitution d’un filet de sécurité sunnite qui pourrait servir de proxy de dissuasion. Que ce soit une simple coïncidence de calendrier ou un arrangement tacite, les délais sont trop serrés pour l’ignorer.

Par Hichem Kacem – août 2026


Sources principales : Reuters, Anadolu Agency, Al Jazeera, The New York Times, Atlantic Council, Haaretz, AP News, déclarations de Hakan Fidan (8 août 2026), communiqués officiels des ministères pakistanais et saoudien, chronologies de la guerre Iran 2026.

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