Cette bibliographie romanesque retrace le trajet existentiel, voire singulier, d’une Beya déterminée à échapper à son exil intérieur par la quête du pouvoir et de la gloire tantôt par la subtilité et sagesse, tantôt par la ruse et le courage. Dans cette toile de fond obsédante du régime colonial dépeint par l’auteur sans concession aucune, Kmar est sans doute la plus célèbre Beya de l’avant-garde tunisienne. Jeune odalisque, « vendue » puis promue épouse successive de trois Beys régnants : le premier homosexuel, le second âgé, et enfin le dernier, Naceur Bey, seul homme digne de son amour. Comme dans conte de Mille et Une nuits, le lecteur ne manquera pas de découvrir à travers la vie à la fois riche et tumultueuse de Lella Kmar, les jeux subtiles de l’influence de la Cour, des élites du pouvoir beylical et de la résistance populaire devant les autorités coercitifs possibles, les termes des traités et les exactions perpétrées par les colonisateurs, de solides jalons d’ordre culturel et politique ont pu être jetés pour préparer la Tunisie à raffermir son identité propre et ses spécificités millénaires… Avant Bourguiba, Lella Kmar avait saisi que la modernité devait passer par l’autonomie éthique, esthétique, par une relecture des savoirs redistribuant les pouvoirs religieux et citoyens, et par l’émancipation de la femme, véritable indice du développement d’une nation, d’un état. Un suspense psychologique et vertigineux confère à cet ouvrage le mérite de mettre en exergue la légende qui entoure cette femme d’exception…
Leïla Trabelsi ou l’empire des illusions
22,00 €« Le pouvoir ne s’installe jamais dans le fracas. Il avance à pas feutrés, s’insinue dans les habitudes, se glisse dans les silences, puis s’impose comme une évidence. Au fil des années, il cesse d’être une responsabilité pour devenir un droit, puis une propriété. À Carthage, le pouvoir ne se proclamait plus : il se reflétait. Dans les salons, les sourires convenus, les regards qui n’osaient plus contredire. Tout semblait stable, maîtrisé, presque éternel. Mais cette stabilité n’était qu’un décor, une façade polie dissimulant l’usure morale, la fatigue des consciences et l’avidité des cercles proches. Ils avaient confondu la durée avec la légitimité, l’obéissance avec l’adhésion, le silence avec le consentement. Et lorsque l’Histoire frappa à la porte, ils ne l’entendirent pas. Trop occupés à contempler leur propre reflet dans les miroirs du pouvoir. »
