Validation d’un modèle d’analyse géopolitique
Par Hichem Kacem
Écrivain, éditeur et directeur de KA’ Éditions

Élaboré dès 2012, le modèle de l’Action de diabolisation massive (ADM) visait à décrypter les mécanismes récurrents par lesquels des États sont progressivement affaiblis, délégitimés, puis placés sous contrainte internationale.
Plus d’une décennie plus tard, la séquence iranienne offre une validation saisissante de cette grille de lecture.
Loin d’être une théorie abstraite, l’ADM apparaît aujourd’hui comme une méthode opératoire, observable et reproductible.
Une mécanique éprouvée, désormais assumée
La guerre moderne ne commence plus par des bombes, mais par un récit bien ficelé. Avant toute confrontation militaire ouverte, un travail préparatoire long et méthodique est engagé : fragmentation interne, diabolisation médiatique, asphyxie économique, puis pression diplomatique et militaire graduée. L’Iran concentre aujourd’hui l’ensemble de ces phases, simultanément orchestrées.
L’ADM à l’œuvre en Iran (2024-2026)
CCI – Création de conflits intérieurs
L’Iran traverse une période de forte polarisation sociale et politique. Les tensions économiques, culturelles et générationnelles sont exploitées pour déplacer le centre de gravité du conflit vers l’intérieur du pays. La cohésion nationale devient la première cible.
AHE – Attiser la haine entre factions
Les clivages sont exacerbés : réformistes contre conservateurs, centre contre périphéries, société civile contre institutions. Chaque camp est enfermé dans une logique d’irréconciliabilité, rendant toute stabilisation durable de plus en plus difficile.
FDS – Financement et démultiplication des fronts
Autour de l’Iran, les théâtres périphériques – Liban, Syrie, Irak, Yémen, Gaza – fonctionnent comme des zones de pression indirecte. Le conflit n’est jamais frontal, toujours disséminé, multipliant les fronts pour épuiser l’adversaire par saturation stratégique.
SJD – Slogans de justice et de démocratie
Les discours dominants invoquent droits humains, libertés et protection des civils et des minorités, sans aucune application universelle de ces grands principes. La morale devient sélective, instrumentalisée pour légitimer sanctions et pressions.
DCL – Diabolisation des Cadres Légitimes
La désignation des Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste par les États-Unis (2019), Canada (2024), puis par l’Union européenne (2026) consacre la criminalisation institutionnelle de l’État iranien souverain. L’adversaire n’est plus un interlocuteur : il devient un paria, pour ouvrir la voie à la loi de la jungle initiée par les USA sous l’impulsion chtonienne de son allié de toujours, Israël. Notons que : en deux siècles et demi d’histoire, les États-Unis n’ont connu que deux guerres sur leur sol (Indépendance, Sécession), mais ont mené plus de deux cents conflits hors de leurs frontières.
IMA – Intervention militaire assistée (ou menace permanente)
Accumulation ostentatoire de puissances navales, les frappes indirectes, souvent dissimulées sous de faux drapeaux, les assassinats ciblés, les cyberattaques et les opérations secrètes : la guerre est déjà commencée, sans qu’une déclaration officielle ne soit faite ni qu’une approbation de l’ONU ne soit obtenue.
MCM – Maquillage des crimes et du récit
Les victimes civiles, les destructions et les violations du droit international sont relativisées ou noyées dans la complexité du récit fallacieux. L’information devient un champ de bataille à part entière.
GFT – Gouvernement fantoche (menace latente)
Si cette phase n’est pas encore réalisée en Iran, l’objectif affiché reste le changement de régime ou, à défaut, une paralysie durable. Le chaos contrôlé devient une option stratégique, quitte à ressusciter des pseudos leaders noyés dans de la naphtaline, comme Hamid Karzai en Afghanistan ou, plus récemment, le fils du dernier shah et prince des « ténèbres », sieur Reza Pahlavi.
Ce que révèle le cas iranien
L’Iran démontre que l’ADM n’est ni une dérive ni un accident, mais une doctrine de gestion du désordre international. La nouveauté de la période actuelle réside dans l’abandon progressif du vernis diplomatique : ce qui était autrefois dissimulé est désormais assumé, revendiqué, parfois théâtralisé, selon le bon vouloir de l’irascible fanfaron et instable, Donald Trump la pirouette.
Comprendre l’ADM, c’est comprendre que la guerre contemporaine se gagne d’abord dans les esprits, les récits et les institutions, bien avant de se jouer sur les champs de bataille.
Conclusion
Le cas iranien valide pleinement le modèle de l’Action de diabolisation massive. Il montre que la conflictualité moderne ne repose plus sur des déclarations de guerre, mais sur des processus longs, combinant économie, information, droit et forces armées.
Refuser de voir cette mécanique, c’est accepter d’en être la victime consentante.
La guerre d’intérêt commence par un récit « diabolique ».
La souveraineté commence par sa déconstruction.
Hichem Kacem