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lecture eschatologique et géopolitique

Par Hichem Kacem

Écrivain, éditeur et directeur de KA’ Éditions

À l’heure où l’ordre international semble entrer dans une phase de recomposition accélérée, certains observateurs convoquent des références anciennes pour éclairer les incertitudes contemporaines.

De la doctrine de Moscou comme « Troisième Rome » au concept chrétien du katechon en passant par le précédent historique évoqué dans la sourate Ar-Rûm, cet article propose une lecture croisée – théologique et géopolitique – des dynamiques actuelles.

Sans confondre croyance et analyse, il interroge la possibilité de retournements stratégiques inattendus dans un monde où l’unipolarité est sur le point de céder pour laisser place à une multipolarité salvatrice.

Introduction : entre théologie de l’histoire et géopolitique

L’histoire des relations internationales est souvent présentée comme une succession de rapports de force matériels : démographie, puissance militaire, technologie, capacité industrielle. Pourtant, depuis l’Antiquité, les civilisations ont également interprété les bouleversements politiques à la lumière de leurs récits fondateurs, qu’ils soient religieux ou philosophiques.

Dans les périodes de transition – celles où l’ordre international semble vaciller – émergent fréquemment des lectures eschatologiques. Elles ne visent pas nécessairement à prédire l’avenir, mais à donner sens à l’incertitude.

L’époque contemporaine n’échappe donc pas à ce phénomène, car, dans certains cercles intellectuels ou spirituels, des parallèles sont ainsi établis entre des références scripturaires anciennes et les recompositions géopolitiques actuelles.

Ainsi, trois motifs, issus de traditions distinctes, sont particulièrement convoqués dans ce cadre :

  • la doctrine de Moscou comme « Troisième Rome » ;
  • le concept chrétien du katechon ;
  • l’épisode coranique de la sourate Ar-Rûm.

Leur mise en lumière n’implique pas une équivalence historique, mais peut, dans une tentative analytique, éclairer les représentations contemporaines du déclin et du retournement des puissances et des empires.

  1. Moscou comme IIIe Rome : continuité impériale et mission symbolique

La chute de Constantinople en 1453 marque la disparition du principal centre politique et spirituel du christianisme orthodoxe. Dans les décennies qui suivent, certains théologiens russes élaborent l’idée que Moscou aurait hérité de la vocation impériale byzantine.

Le moine Philothée de Pskov, dans les années 1510-1511, s’exprima en ces termes dans un courrier adressé au grand-prince Basile III : « Sachez, tsar très pieux, que tous les empires appartenant à la religion chrétienne orthodoxe sont maintenant réunis dans votre empire : vous êtes le seul empereur des chrétiens du monde entier. Après vous, nous attendons l’Empire qui n’aura pas de fin…Deux Rome sont tombées, mais la troisième demeure et il n’y en aura pas de quatrième[1]. »

Cette affirmation s’inscrit dans un contexte précis. En 1472, le Grand-Prince Ivan III épouse Zoé (Sophia) Paléologue, nièce du dernier empereur byzantin. À la suite de cette union, la cour moscovite adopte plusieurs symboles impériaux :

  • l’aigle bicéphale ;
  • le titre de Tsar (dérivé de Caesar) ;
  • certains rites de cour hérités de Byzance.

Au-delà de la dimension dynastique, cette filiation nourrit progressivement une représentation de l’État russe comme protecteur potentiel des populations orthodoxes et dépositaire d’une continuité civilisationnelle distincte.

  • Le Katechon : une fonction de retenue

Dans la Deuxième Épître aux Thessaloniciens (2:6-7), saint Paul évoque ce qui « retient » (to katechon/ κατέχων) la manifestation du désordre ultime (l’« homme de l’anomie[2] », souvent identifié à l’Antéchrist). Cette notion, interprétée de multiples façons au cours de l’histoire, a parfois été associée à l’existence d’un pouvoir impérial chargé de maintenir un certain ordre face au chaos.

Dans la tradition byzantine, puis russe, certains auteurs ont rapproché cette fonction de l’Empire chrétien orthodoxe. Tant que subsisterait une autorité politique capable de préserver des normes morales ou religieuses authentiques, le désordre final serait freiné et différé. Cette lecture, bien qu’elle ne fasse pas consensus théologique universel (certains Pères y voyaient le Saint-Esprit, d’autres l’Église elle-même), a influencé des représentations politiques ultérieures, notamment dans les débats contemporains autour du rôle de la Russie sur la scène internationale, du moment qu’elle se place dans la logique e rupture avec les dispositions antichristiques propagées par l’Occident décadent dans ses politiques et ses pratiques sociétales. À l’évidence, il s’agit là de l’inversion des valeurs morales, car le caractère antichristique ne se définit pas par une simple absence de Dieu, mais par sa contrefaçon. C’est l’idée que le mal se présente sous les traits du bien, de la liberté ou du progrès pour mieux asservir les peuples. Dans une dimension purement politique, le système de chantage epsteinien ou, plutôt, « espschtonien », en est l’expression factuelle des élites qui se nourrissent du vice et du chantage (kompromat).

  • Pourquoi le Vatican (Rome occidentale) n’a-t-il pas eu ce rôle de rempart devant le chaos ?

Dans la perspective orthodoxe byzantine et russe, Rome (l’ancienne Rome, devenue le siège du pape catholique après le schisme de 1054) a perdu, selon nous, sa légitimité eschatologique, et ce, pour plusieurs raisons cumulées :

  • Le schisme de 1054 : L’ajout unilatéral du Filioque au Credo (et d’autres divergences doctrinales, comme la primauté papale absolue) est vu comme une déviation de la foi apostolique pure. Rome a donc « chuté » spirituellement avant même la chute politique de Constantinople.
  • L’hérésie perçue et la trahison : Les événements comme le sac de Constantinople par les croisés latins en 1204 (Quatrième Croisade) ont renforcé l’idée que Rome occidentale avait trahi l’Orient chrétien et l’orthodoxie authentique.
  • La perte de la pureté de la foi : Contrairement à Byzance (deuxième Rome), qui a préservé la foi jusqu’à sa chute physique en 1453, Rome occidentale est accusée d’avoir introduit des innovations (Filioque, purgatoire, indulgences, etc.) qui l’ont disqualifiée comme gardienne attitrée de la vérité eschatologique.

En conséquence, le katechon (« rétenteur » ou « retardateur ») ne pouvait plus être incarné par le pape ou l’Empire romain germanique (Saint-Empire romain germanique, souvent vu comme successeur catholique de Rome).

Dans la tradition catholique, certains Pères (Tertullien, Jérôme, Jean Chrysostome) identifiaient initialement le katechon à l’Empire romain païen, puis christianisé, mais cette interprétation s’est diluée après la chute de l’Empire d’Occident (476) et le schisme.

Des penseurs catholiques modernes (comme Carl Schmitt) l’ont parfois réappliqué au Saint-Empire ou à la souveraineté étatique en général, mais sans lien direct avec le Vatican comme institution eschatologique unique.

  • Comment le passage à la IIIe Rome a-t-il eu lieu ?

Le transfert s’opère progressivement au XVe-XVIe siècle, après la chute de Constantinople (1453) :

  1. Contexte immédiat (1453) : Constantinople tombe aux mains des Ottomans musulmans. L’Empire byzantin, dernière incarnation légitime du katechon (selon la vision orthodoxe), disparaît physiquement. Mais Moscou reste le seul grand État orthodoxe indépendant au monde.
  2. Lien dynastique et symbolique : Ivan III (le Grand, 1462-1505) épouse Sophie Paléologue (nièce du dernier empereur byzantin Constantin XI) en 1472. Cela crée un lien de sang et légitime la succession. Moscou adopte l’aigle bicéphale byzantin (symbole impérial depuis 1497) et les rites de couronnement byzantins : « Même après la chute de l’Empire byzantin, les dirigeants russes souhaitaient encore associer l’image du pays au symbole de l’empire. Après la chute de Constantinople en 1453, la Russie devint un centre majeur de l’orthodoxie, et le symbole de l’aigle bicéphale fut compris comme englobant à la fois l’Orient et l’Occident[3]. »
  3. Formulation doctrinale par Philothée de Pskov (1510-1524) : « Deux Rome sont tombées, la troisième est debout, et il n’y en aura pas de quatrième. »
    1. Première Rome : Rome antique, tombée en 476 (et spirituellement par le Filioque/schisme).
    1. Deuxième Rome : Constantinople (Nouvelle Rome), tombée en 1453.
    1. Troisième Rome : Moscou, gardienne de la vraie foi orthodoxe, dernier rempart avant la fin des temps.
  4. Consécration institutionnelle : Ivan IV (le Terrible) prend le titre de tsar (césar) en 1547. Le patriarcat de Moscou est établi en 1589, confirmant la primauté spirituelle russe.

Ainsi, le passage n’est pas une conquête territoriale, mais une translatio imperii spirituelle et eschatologique : la fonction de katechon migre vers celui qui reste fidèle à la foi pure et préserve l’ordre chrétien face au chaos.

Moscou n’est pas « Rome » par la géographie ou la conquête, mais par une mission divine : retenir l’Antéchrist le plus longtemps possible, en protégeant l’orthodoxie authentique.

Cela explique pourquoi, dans notre grille de lecture actuelle (Russie-BRICS vs unipolarité « décadente »), la Russie peut être vue comme ce katechon moderne – alors que le Vatican, dans cette même perspective orthodoxe, ne l’est pas.

  • Pourquoi « retenir, freiner l’Antéchrist le plus possible, en protégeant l’orthodoxie authentique » ?

La raison est eschatologique et protectrice : selon cette vision orthodoxe, l’Antéchrist (ou les forces du mal absolu) ne peut pleinement se manifester que si le dernier bastion de la vraie foi chrétienne s’effondre. Le katechon n’empêche pas la fin des temps (qui est inévitable et voulue par Dieu), mais retarde le chaos global pour permettre à plus d’âmes de se sauver, à la vraie foi de perdurer, et à l’ordre relatif (moral, spirituel, civilisationnel) de subsister jusqu’au moment divin promis.

  • Et l’islam, le Coran ou les hadiths en parlent-ils ?

Le Coran et les hadiths authentiques ne mentionnent pas explicitement le concept de katechon (« retenu » ou « frein » spécifique retardant l’Antéchrist/Dajjal).

  • Le Coran ne parle pas du Dajjal (Antéchrist) ni d’une figure/institution qui le retarde activement. Il évoque la fin des temps (Qiyamah) avec des signes cosmiques, la corruption sur terre (fitna), et la justice finale d’Allah, mais sans « retenu » nommé.
  • Les hadiths (Sahih Bukhari, Muslim, etc.) décrivent le Dajjal comme un grand trompeur et manipulateur qui apparaît lors d’une fitna majeure ou la Grande discorde (chaos, injustice généralisée), mais sans mention d’un katechon qui le retarde. Au contraire : le Dajjal surgit quand la terre est « remplie d’injustice », et il est vaincu directement par Aissa (Jésus) descendant, avec l’aide préalable d’al-Mahdi (voir le dernier chapitre de l’ouvrage de l’auteur).

Cependant, des parallèles indirects existent dans l’eschatologie islamique :

  • La fitna (épreuve/chaos) culmine avant l’arrivée d’al-Mahdi pour s’opposer au Dajjal – qui, contrairement à l’idée simpliste, n’est pas un « homme », mais une entité, un système, des États –, ce qui implique une période de « retenue » relative par la patience des croyants et la miséricorde divine.
  • Al-Mahdi lui-même est un libérateur qui combat l’injustice accumulée via un « frein » prolongé, comme le katechon.
  • Certains hadiths parlent d’une trêve temporaire avec les Rûm (Byzantins/Occident) avant trahison et guerre finale (Sahih Muslim 2897), ce qui évoque une phase de « retenue » ponctuelle avant l’escalade eschatologique.

En résumé : l’islam met l’accent sur la victoire finale divine (par al-Mahdi puis Aissa contre le Dajjal) plutôt que sur un retard prolongé par une institution/empire.

Le katechon reste une notion spécifiquement chrétienne orthodoxe, liée à l’idée d’empire comme protecteur eschatologique.

  • La prophétie qui ne vieillit pas : la sourate Ar-Rûm (sourate 30)

Dans sa révélation mecquoise vers 615 apr. J.-C., elle cite nommément les Perses sassanides (alors polythéistes) qui ont écrasé l’Empire byzantin (les « Rûm », chrétiens monothéistes). Damas est conquise en 613, Jérusalem tombe l’année suivante (prise de la Vraie Croix), puis l’Égypte suit le même destin. Les Quraychites (de La Mecque polythéiste) jubilent et se moquent des musulmans monothéistes : « Vos alliés sont finis ! » Ils pensaient que c’était une preuve qu’ils avaient raison, puisque les Perses étaient zoroastriens et infidèles, alors que les Romains étaient chrétiens et faisaient partie des gens du Livre. Tout comme les Perses, qui ont vaincu les Romains, les polythéistes de La Mecque pensaient qu’ils finiraient par vaincre les musulmans et que l’Islam disparaîtrait totalement de la région. Alors, Dieu révèle :

« Les Romains ont été vaincus, dans le pays voisin et, après leur défaite, ils seront les vainqueurs, dans quelques années. À Allah appartient le commandement, au début et à la fin, et, ce jour-là, les croyants se réjouiront du secours d’Allah. Il secourt qui Il veut et Il est le Tout-Puissant, le Tout miséricordieux. » (30 : 2-5)

L’accomplissement exact eut lieu : victoire byzantine de Ninive (627), chute de Khosro II (628), restitution de la Vraie Croix. Personne n’y croyait.

  • Al-Mahdi, le libérateur : la promesse de justice

Hadiths authentiques (Bukhari, Muslim) : Al-Mahdi surgit quand « la terre sera remplie d’injustice » pour la « remplir de justice ». Descendant du Prophète par Fatima, il régnera sept à neuf ans, restaure la paix, vainc le Dajjal avec Aissa. En Iran chiite actuel, l’attente active est enclenchée, et l’axe de la Résistance, comme avant-garde, reste confiant quant à l’issue de la guerre, qui est sur le point de les mettre aux prises avec le grand Satan et ses cerbères sionisto-israéliens.

  • Tableau comparatif actualisé au 19 février 2026
AspectSourate Ar-Rûm (615)Situation aujourd’hui (19 février 2026)
OppresseurPerses (armada invincible)Axe US-Israël (1/3 flotte US, Gerald R. Ford en route, 50+ chasseurs déployés)
Opprimés monothéistesRûm byzantins (humiliés)Axe Résistance (Iran + Russie/BRICS + proxys)
ApparenceByzantins au bord de l’effondrementSanctions, menaces, buildup massif
PromesseVictoire en 627-628Retournement promis (exercices Iran-Russie aujourd’hui même)
  • 19 février 2026 : convergence des signes
  • Buildup US : Gerald R. Ford en transit (arrivée 1-3 semaines), Abraham Lincoln sur zone, 1/3 flotte active, Trump : « deal ou conséquences très dures ».
  • Réponse irano-russe : Exercices conjoints « Maritime Security Belt 2026 » lancés aujourd’hui en mer d’Oman.
  • Gaza : Board of Peace à Washington : 5 milliards $ promis sur 70 nécessaires, cessez-le-feu fragile, injustice criante.

Conclusion

L’injustice culmine : Gaza saigne, l’orgueil unipolaire menace, les élites semblent pourries jusqu’à l’os. Et voici un signe de plus, en pleine divulgation des #EpsteinFiles (déclassifiés massivement depuis janvier 2026, révélant des liens allégués entre élites, chantage et réseaux occultes) : « Ce soir même, le lobby pro-Israël en France, le CRIF, organise son 40e dîner annuel – une occasion pour cette officine perçue comme étrangère de relayer la propagande de l’entité génocidaire et de distribuer les bons points à nos politiques. »

Face aux déploiements navals et aériens qui encerclent l’Iran alors que le dialogue semble s’essouffler, la réponse de la tradition n’est pas la crainte, mais une préparation multidimensionnelle. Les versets de la Sourate Al-Anfâl (8:59-61) agissent ici comme une doctrine militaire et spirituelle complète pour le bloc de la Résistance :

« Que ceux qui s’opposent à la Vérité ne s’imaginent pas avoir pris l’avantage ou pouvoir Nous échapper ; leur puissance n’est qu’une illusion face à l’Inévitable (59). Opposez-leur une préparation sans faille : mobilisez toutes vos forces technologiques et vos capacités de défense pour instaurer une crainte salutaire chez ceux qui menacent l’Ordre divin et votre sécurité. Sachez qu’il existe des forces et des soutiens que vous ne soupçonnez pas, mais qu’Allah, Lui, connaît parfaitement. Soyez assurés que chaque sacrifice pour cette cause juste vous sera rendu au centuple (60). Néanmoins, si l’adversaire manifeste une réelle volonté de paix, saisissez cette main tendue. Placez votre confiance absolue en Allah, car Il est Celui qui entend tout et pénètre chaque intention (61). »

Hichem Kacem


[1] https://www.la-croix.com/ du 18 mai 2022.

[2] https://www.mauvaisenouvelle.fr/ du 27 novembre 2022.

[3] https://vietbao.vn/fr/ du 19 février 2026.

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