
Par Hichem Kacem
Écrivain, éditeur et directeur de KA’ Éditions
Introduction
Au début de son mandat, Donald Trump aurait observé une carte du Moyen-Orient aux côtés de Benjamin Netanyahu et lancé : « Israël est un petit point… peut-on avoir davantage ? » Cette remarque, souvent citée, illustre une certaine vision stratégique : celle d’un monde réduit à une surface cartographique que les puissances pourraient redessiner à leur convenance.
Mais l’histoire du Moyen-Orient ne se comprend pas uniquement à partir de la géographie ni par des alliances « en carton » avec les traîtres d’Arabie. Dans cette région, les crises contemporaines sont lues à travers des références civilisationnelles millénaires. Le Coran évoque la Bête de la Terre (Dābbat al-Ard), qui surgira lorsque les hommes auront ignoré les signes (27:82), tandis que la tradition biblique parle de la Bête de l’Apocalypse, symbole des puissances dominant une époque troublée.
D’ailleurs, le « prophète » Macron n’a-t-il pas déclaré en 2020 : « La bête de l’événement est là, elle arrive » ? Plus récemment, alors que l’ombre d’une condamnation plane sur lui pour des dossiers infâmes liés aux alcôves d’Epstein, Trump n’a-t-il pas cherché l’oraison de pasteurs pour prier sur lui et sur ses forces armées dans leur agression pourtant aux antipodes de la véritable chrétienté ?
Fait révélateur : ces images, longtemps cantonnées aux textes sacrés, refont surface dans le langage politique moderne avec un timing chirurgical. Lorsque des dirigeants occidentaux évoquent des « événements bibliques » pour décrire les bouleversements du monde, ils avouent malgré eux que la politique internationale est un théâtre de symboles.
Entre la logique des cartes et celle des mémoires religieuses, le Moyen-Orient demeure un espace où la géopolitique se mêle à la profondeur de l’histoire. À chacun sa prière, et à chacun de solliciter le Seigneur pour une exécration réciproque : une Mubahala bis repetita. Par le passé, ce défi spirituel tourna au profit de Mohammad ﷺ et des Gens de sa Demeure (Ahl al-Bayt). Ce sont ces mêmes descendants, dont est issu le Guide Ali Khamenei récemment liquidé, qui portent aujourd’hui ce fardeau face au « Petit Point », qui se croit géant, et face à son idiot de mentor, ce fieffé menteur.
I. L’illusion cartographique
Depuis plus d’un siècle, le Moyen-Orient est largement analysé selon une logique géopolitique héritée de l’ère coloniale. Les accords Sykes-Picot Agreement en constituent l’exemple le plus célèbre : des frontières tracées à distance par des puissances européennes qui considéraient la région comme un espace stratégique à organiser.
Cette logique n’a jamais totalement disparu. Les États continuent souvent d’être envisagés comme des entités que l’on peut contenir, remodeler ou fragmenter. Or, cette approche ignore une dimension essentielle : la profondeur historique des sociétés du Moyen-Orient.
Dans cette région, la politique ne se réduit pas aux institutions. Elle est aussi façonnée par des récits historiques, des références religieuses et des mémoires collectives qui remontent parfois à plus d’un millénaire.
II. L’Iran et la question de la souveraineté
Dans ce paysage complexe, l’Iran occupe une place particulière.
Héritier d’une civilisation plusieurs fois millénaire, l’État iranien s’est progressivement construit autour d’une idée centrale : la souveraineté nationale face aux ingérences extérieures.
Depuis la révolution de 1979, cette orientation s’est traduite par une stratégie visant à maintenir une autonomie politique, économique et militaire.
Quelles que soient les critiques que l’on puisse adresser au système politique iranien, il demeure l’un des rares États de la région capable de conduire une politique étrangère largement indépendante des puissances occidentales.
Cette autonomie explique en grande partie la centralité de l’Iran dans les tensions géopolitiques actuelles.
III. La mémoire religieuse dans la lecture du temps
Dans de nombreuses sociétés du Moyen-Orient, les crises contemporaines sont parfois interprétées à travers des références religieuses anciennes.
Dans la tradition islamique, plusieurs textes évoquent les signes précédant la fin des temps.
Selon un hadith rapporté par le compagnon Hudhayfah ibn Asid al-Ghifari et consigné notamment par Muslim ibn al-Hajjaj, le Prophète mentionna dix grands signes qui apparaîtront avant l’Heure.
Ces signes sont généralement présentés dans l’ordre suivant :
- La fumée (Ad-Dukhān)
- Le faux messie (Ad-Dajjāl)
- La Bête de la Terre (Dābbat al-Arḍ)
- Le lever du soleil à l’Ouest
- La descente de Jésus
- Gog et Magog
- Un affaissement de la terre à l’Est
- Un affaissement à l’Ouest
- Un affaissement dans la péninsule arabique
- Un feu sortant du Yémen
Les théologiens musulmans rappellent cependant que ces signes relèvent de l’eschatologie et que leur interprétation doit rester prudente sans trop se focaliser sur leur classification temporelle.
IV. Les images d’une époque troublée
Même si ces signes ne peuvent être identifiés de manière certaine dans l’histoire contemporaine, leurs images continuent d’alimenter la réflexion.
La fumée, par exemple, évoque pour beaucoup les paysages du Moyen-Orient moderne : villes bombardées, infrastructures détruites, cieux traversés par les drones et les missiles.
La Bête de la Terre, quant à elle, a suscité de nombreuses interprétations chez les exégètes : certains y voient une créature réelle, d’autres une manifestation symbolique d’une époque où les sociétés perdent leurs repères moraux.
Ces images religieuses fonctionnent aussi comme des métaphores culturelles permettant aux sociétés d’interpréter les bouleversements de leur époque. Et comme les Arabes qui devraient être les dépositaires des massages divins en premier, le verset leur est clairement destiné aujourd’hui : « Tu ne peux faire entendre les morts ni faire entendre l’appel aux sourds quand ils s’enfuient en tournant le dos. Et tu ne peux non plus guider les aveugles hors de leur égarement. Tu ne feras entendre que ceux qui croient en Nos versets et se soumettent. Et quand la Parole tombera sur eux, Nous leur ferons sortir de terre une bête qui leur parlera ; les gens n’étaient nullement convaincus de la vérité de Nos signes [ou versets] » (Coran 27 : 79-81)
V. Karbala : une mémoire fondatrice
Pour comprendre la dimension symbolique de la politique iranienne contemporaine, il faut évoquer un événement central de l’histoire islamique : « Battle of Karbala. »
En 680, l’Imam al-Hussein ibn Ali refusa de prêter allégeance au calife Yazid Ier. Conscient de l’infériorité militaire de ses forces, il choisit néanmoins de résister. Son martyre marqua durablement la conscience du monde musulman.
Depuis lors, Karbala symbolise une opposition morale fondamentale : celle qui oppose la fidélité aux principes à la soumission à la force.
Dans la culture politique iranienne contemporaine, cette mémoire continue de jouer un rôle important. Elle nourrit une vision du conflit politique comme une confrontation entre justice et domination.
VI. L’histoire rattrape les empires
Les grandes puissances ont souvent pensé que leur supériorité technologique ou militaire leur permettrait de stabiliser durablement le Moyen-Orient.
Pourtant, l’histoire de la région montre que les empires successifs – ottoman, britannique, soviétique ou américain – ont tous rencontré des limites à leur capacité de contrôle.
Aujourd’hui, les transformations du système international – montée de nouvelles puissances, recomposition des alliances, remise en cause de l’ordre unipolaire – indiquent que l’équilibre géopolitique mondial est en mutation.
Dans ce contexte, certaines sociétés du Moyen-Orient interprètent ces évolutions à travers leurs propres références historiques et religieuses.
Conclusion :
Les cartes permettent de mesurer les territoires. Mais elles ne disent pas tout de la force des peuples.
Dans certaines régions du monde, la mémoire historique, les traditions religieuses et la culture politique continuent de façonner profondément la manière dont les sociétés perçoivent les crises.
Le Moyen-Orient en est l’un des exemples les plus révélateurs. Et c’est peut-être là la principale leçon de notre époque : les empires peuvent redessiner les cartes, mais ils ne peuvent pas toujours maîtriser les forces historiques qui travaillent les peuples. Car l’histoire finit par rattraper ceux qui croyaient pouvoir la contrôler.
Hichem Kacem
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